Arts

Entre la réalité et la fiction

Trois professeurs commentent le film Le Banquet qui brosse un portrait cinglant du milieu universitaire

La semaine de la rentrée, Marie-Claude Beaulieu a distribué son plan de cours à ses étudiants au doctorat. Dès le début de la rencontre, l’un d’eux a signifié à cette professeure au Département de finance et assurance qu’il ne pouvait rester que quelques minutes. Pour finalement, en fin de journée, l’inonder de courriels  afin d’obtenir des explications sur le cours à venir. «Du coup, je l’ai invité à aller voir Le Banquet, tant les situations se ressemblaient», raconte cette directrice de programme de deuxième cycle et de doctorat encore surprise par cette attitude cavalière. Dans le film de Sébastien Rose, sorti fin août, un universitaire, professeur de scénarisation et d’histoire du cinéma, se heurte en effet aux exigences démesurées d’un étudiant toujours prêt à faire étalage de ses droits. L’affrontement entre l’élève et professeur ne cesse de prendre de l’ampleur, pendant que dans le même temps les étudiants dénoncent la hausse des droits de scolarité décrétée par  le gouvernement et que la direction universitaire se lance dans un projet immobilier faramineux.
   
«Je trouve que le film pose des questions intéressantes sur la relation enseignant-enseigné, souligne Marie-France Beaulieu. J’ai l’impression que beaucoup d’étudiants aujourd’hui n’ont plus envie d’investir du temps pour leur formation , ils cherchent quelque chose de rapide qui va leur permettre d’obtenir un diplôme servant leurs intérêts.» «Ils négocient beaucoup  avec le prof la valeur de leur travail et se comportent souvent en clients», renchérit Claude Cossette. Même si ce professeur au Département d’information et de communication a des réserves sur un film qui, selon lui, part un peu dans toutes les directions, il juge intéressant les propos de certains personnages sur la marchandisation de l’université et le risque de perte de qualité  des cours par un enseignement de masse. «Il y a trente ans, j’avais sept étudiants dans mon atelier, contre 47 à cette session, rappelle ce spécialiste de la publicité. C’est évident que je ne peux pas offrir autant à chaque personne.»
   
Tous coupables?
Cette question de la dilution des savoirs, soulevée dans Le Banquet par le professeur de cinéma, interpelle aussi Jean Mercier, professeur au Département de science politique:  «On est tous un peu coupables de cette érosion des standards en accueillant beaucoup d’étudiants». Il fait remarquer que les universités doivent absolument recruter toujours plus de candidats pour maintenir leurs revenus, puisque le gouvernement verse ses subventions en fonction du nombre d’étudiants inscrits.  «A-t-on les moyens de nos ambitions?» s’interroge de son côté Marie-France Beaulieu. Selon elle, l’université  québécoise  va devoir faire des choix dans l’avenir, comme l’a fait le reste de l’Amérique du Nord. Cela veut peut-être dire revoir la règle des salaires identiques pour les professeurs quel que soit leur département, ou celle des frais de scolarité uniformes, que l’on soit inscrit en médecine ou en arts visuels.
   
Un autre élément de la vie universitaire que le film souligne avec justesse, selon Jean Mercier, c’est une démocratisation des procédures qui confine parfois à l’absurde. «Je me méfie beaucoup des discours sur la démocratie avec des mots ronflants, où certains exploitent par opportunisme des notions comme le respect des étudiants, affirme –t-il. Au fond, la vraie démocratie, il faut l’appliquer dans ses gestes au quotidien.»  Le politologue va sans doute penser souvent aux situations mises en lumière dans Le Banquet dans l’année à venir, tout comme Marie-France Beaulieu qui invite ses collègues à aller voir le film pour ensuite discuter des questions qu’il soulève.


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