Arts

Dans l'Italie de Machiavel

Le plus récent livre d'Hans-Jürgen Greif fait revivre trois conspirations ayant marqué la papauté avant et pendant la Renaissance

Par : Yvon Larose
Hans-Jürgen Greif a maintenant 15 ouvrages de fiction à son actif.
Hans-Jürgen Greif a maintenant 15 ouvrages de fiction à son actif.
Boniface VIII, Sixte IV et Léon X. Ces trois papes ont vécu entre le 14e et le 16e siècle durant la longue période qui va de la fin du Moyen Âge à la fin de la Renaissance italienne. Les voici maintenant au coeur du plus récent ouvrage de fiction d'Hans-Jürgen Greif. Le professeur retraité et associé du Département des littératures signe Complots à la cour des papes, un livre de 251 pages édité chez L'Instant même.

L'ouvrage contient trois récits inspirés de faits réels. Le premier a en toile de fond le bras de fer entre Boniface VIII et le roi français Philippe le Bel. L'intrigue est centrée sur l'attentat perpétré sur la personne du pape à Anagni, en Italie, en 1303. Le deuxième récit a pour origine la charge de trésorier du Saint-Siège, un poste convoité par deux familles florentines puissantes, les Pazzi et les Médicis. Son point culminant est la tentative d'assassinat de Laurent et Julien de Médicis, à Florence en 1478, pendant la messe de Pâques. Enfin, le troisième texte porte sur la conspiration d'un groupe de cardinaux en vue d'assassiner Léon X à Rome en 1517.

«J'aurais pu facilement écrire un livre de 500 pages sur chacune de ces trois conjurations, explique Hans-Jürgen Greif. Je me suis concentré sur l'essentiel de chaque drame et surtout sur les causes.»

Pour financer ses guerres de conquête, Philippe le Bel, alors le monarque le plus puissant d'Europe, a besoin de beaucoup d'argent. Il décide de lever un impôt sur les énormes bénéfices de l'Église de France. Menacé par la suite d'excommunication par le pape Boniface VIII, Philippe IV convoque un concile oecuménique, à Lyon, dans le but de juger ce pape et de le déposer. Pour empêcher la bulle annonçant son excommunication, le roi de France – sur l'instigation et avec la coopération des Colonna, une famille italienne ennemie de la papauté – envoie son chancelier à Anagni, la résidence d'été de Boniface VIII pour s'emparer de la personne du pape. Les troupes franco-italiennes envahissent la ville, le pape est entre les mains de ses ennemis. Cependant, le lendemain, les habitants libèrent l'illustre prisonnier qui mourra un mois plus tard, le coeur brisé par l'affront subi.

«Cet épisode dramatique prouve que les princes séculiers n'étaient plus les vassaux du Saint-Siège, soutient le romancier. Avec l'attentat d'Anagni, les papes, ces représentants intouchables du Christ sur la Terre, étaient redevenus des êtres humains avec des faiblesses et des ambitions, comme n'importe quels princes.»

Dans ce livre, la langue est précise, riche, vivante. L'auteur est attentif aux détails et fait montre d'une très grande culture. Dans chaque récit, un témoin oculaire raconte les événements au «je». Le tout constitue un ensemble d'histoires captivantes, rythmées et bien construites, en un mot passionnantes à lire.

Hans-Jürgen Greif insiste sur la tentative d'assassinat perpétrée sur Laurent et Julien de Médicis, les chefs d'État de facto de la République de Florence. Selon lui, les aveux de Sixte IV consignés dans les archives prouvent qu'il était d'accord avec l'attentat. «Le pape a permis à son neveu d'ourdir un attentat, affirme-t-il. Par cet acte, le pape s'est abaissé au niveau de tout prince séculier. Ainsi, il a détruit, pour longtemps, peut-être à jamais, l'autorité spirituelle du chef de l'Église.»

Complots à la cour des papes est le quinzième ouvrage de fiction de l'ex-professeur. L'auteur n'en est pas à son premier ouvrage historique, ni à son premier livre sur la Renaissance. Quant à son intérêt pour l'Italie, il ne date pas d'hier. «L'idée de mon dernier livre a germé il y a très longtemps, indique Hans-Jürgen Greif. Pour ma thèse en littérature italienne, je m'étais rendu plusieurs fois à Rome pour consulter différentes archives. Dans celles du Vatican, je suis tombé par hasard sur le fonds du pape Boniface VIII. J'ai été éberlué par ce que l'ai lu. J'ai pris beaucoup de notes.»

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