Arts

Dans le rétroviseur

Richard Ste-Marie revisite les chemins parallèles de sa carrière à la Galerie des arts visuels

Par : Pascale Guéricolas
«Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous.» Cette phrase de Victor Hugo, Richard Ste-Marie l’a faite sienne dès ses premières créations. Elle éclaire d’un éclat particulier les œuvres qu’il a choisies pour illustrer son parcours, notamment ces immenses dessins minutieusement tracés à la mine de plomb. Même si l’homme dessiné ressemble beaucoup au peintre, cela n’empêche pas le public de se raconter sa propre histoire en contemplant le travail. Pour l’une, le revolver au premier plan évoque le suicide d’un proche, pour une adolescente, ce corps imparfait mis à nu donne l’envie d’oser s’affirmer sans honte. À l’entendre, l’artiste procède sans intention précise lorsqu’il se lance. «La création est une pulsion, le sens apparaît en le faisant, indique Richard Ste-Marie. Je me souviens des longues heures que j’ai passées dans une chaise berçante dans l’atelier à rêver devant le dessin, avant de prendre le crayon. Des heures qui m’ont permis de créer.»
   
À la Galerie des arts visuels, pour mieux faire comprendre son cheminement, le professeur qui a pris sa retraite de l’École des arts visuels en 2000 a jalonné ses œuvres de panneaux rétrospectifs. À la manière d’un biographe, il revient sur quelques épisodes marquants de son parcours professionnel, photos ou illustrations à l’appui. Le premier coup d’œil dans le rétroviseur nous ramène en 1960. Le jeune homme, formé à la clarinette au Conservatoire de musique, démarre une carrière de saxophoniste dans un groupe de jazz. Le voilà embarqué ensuite dans glorieuse aventure de la Fanfafonie, une formation délirante à laquelle s’associera ensuite Guy Laliberté pour une première tournée du Cirque du Soleil en 1984. Parallèlement à la musique, Richard Ste-Marie se passionne aussi pour les arts visuels et commence à enseigner dans la toute neuve École des beaux-arts en 1970. Il assiste alors Ulysse Comtois.

L’attrait de l’écrit
Sur les murs blancs de la galerie, les tranches de vie se succèdent. Les sculptures sonores dans les années 1970, les premières estampes numériques dès que la technologie le permet, l’initiation à la lithographie grâce à Nicole Malenfant, également professeure à l’École des arts visuels, et la fondation de la maison d’édition Mémoire vive. Mémoire vive a publié plusieurs livres d’artistes, de la poésie, mais aussi le catalogue Sombre histoire de Richard Ste-Marie. La création littéraire constitue en effet une autre des facettes de l’artiste. Stanké diffuse cet automne son roman policier La tourmente, et un autre manuscrit vient d’être terminé. «Je trouve ce genre de création, au fond, beaucoup plus facile que d’autres genres artistiques, car il suffit d’un crayon pour imaginer que des dizaines de personnes entrent dans une pièce, explique Richard Ste-Marie. Les arts visuels réclament beaucoup plus de travail et de connaissances techniques.»
   
Et Richard Ste-Marie sait de quoi il parle. Il a consacré plusieurs années de sa vie à l’art, dépensé des centaines de milliers de dollars pour réaliser son rêve. Dès qu’il le pouvait, il recommandait d’ailleurs à ses étudiants de chercheur leur trésor intérieur, de se laisser aller à l’expression sans se soucier des modes et de l’air du temps. Passionné par l’âme humaine, il a longtemps hésité à la fin de ses études classiques entre la psychiatrie et la création artistique. Les portraits numériques d’homme en gros plan, réalisés à la fin des années 1990, laissent penser que la folie et l’interrogation sur la normalité ont longtemps fait partie de son questionnement artistique. Ces estampes savamment travaillées montrent en effet des personnages dont le regard et l’attitude peuvent inquiéter.
   
À la retraite, Richard Ste-Marie s'est livré à une autre passion, celle de la radio. Grâce à François Lemay, son dernier étudiant à la maîtrise devenu animateur à Radio-Canada, cet amoureux des arts a osé aller proposer ses services à CKRL. Le voilà désormais du «bon côté du micro», prêt à donner la parole aux artistes, aux conservateurs et directeurs de musées, aux historiens de l’art, aux collectionneurs. Dans son studio, ce communicateur hors pair tend l’oreille pour permettre à la petite musique de la création de se faire entendre. Les internautes peuvent d’ailleurs entendre les entrevues réalisées au fil des ans sur le site www.radiomemoire.com.
  
L’exposition Richard Ste-Marie: une rétrospective se poursuit jusqu’au 20 avril. La Galerie des arts visuels est située au 295, boulevard Charest Est. Elle est ouverte du mercredi au vendredi de 11 h 30 à 16 h 30, le samedi et le dimanche de 13 h à 17 h.

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