Arts

Conflits en clair

Dans une langue accessible, l’équipe de la 26e édition des Conflits dans le monde présente les points de friction qui ont fait la manchette ces derniers mois

Par : Pascale Guéricolas
Les ouvrages de synthèse et de bilan, les annuaires relatifs aux relations internationales ne manquent pas, particulièrement en fin d’année. La série Conflits dans le monde, publiée depuis 26 ans aux Presses de l’Université Laval, se distingue de ses concurrents par sa volonté manifeste de synthétiser les propos des auteurs et son intérêt pour des points chauds du globe dans la mire du Québec et du Canada. Cet ouvrage collectif, dirigé alternativement par Michel Fortmann, professeur au Département de science politique de l’Université de Montréal, et Gérard Hervouet, professeur au Département de science politique de l’Université Laval, s’adresse donc non seulement aux chercheurs, mais également au grand public. Une volonté clairement manifestée par son fondateur au début des années 1980, Albert Legault, un spécialiste des relations internationales.
   
Quantifier le nombre et déterminer la nature des conflits qui secouent quotidiennement la planète relève presque de la gageure. Les experts de l’ouvrage collectif s’y risquent avec prudence, forts des connaissances que chacun a cumulées au fil des ans dans sa sphère régionale. Alors, globalement, comment se porte le malade en 2008? «On peut dire qu’on compte moins de conflits étatiques, mais davantage de conflits identitaires et de guerres civiles», avance Gérard Hervouet. Le directeur du Programme paix et sécurité à l’Institut québécois des hautes études internationales note une montée des luttes sourdes, à l’image des derniers attentats de Mumbaï. À ses yeux, la violence qui règne dans la capitale économique de l’Inde est liée à la question du Cachemire, un conflit de plus en plus difficile à saisir. En effet, les mouvements indépendantistes, les islamistes radicaux indiens et pakistanais y livrent bataille de façon assez confuse. Dans un monde postguerre froide, l’ordre international semble éprouver de la difficulté à trouver une structure d’ensemble.
   
D’autant plus, fait remarquer ce spécialiste de l’Asie, que l’influence américaine décline au profit de celle de l’Inde et de la Chine. Ces géants cherchent à se tailler une place dans le concert des nations, parfois en se distançant du colosse américain, parfois en s’en approchant. Ainsi, Gérard Hervouet remarque que la diplomatie chinoise choisit souvent l’esquive plutôt que la confrontation, même lorsque les États-Unis essaient de provoquer l’Empire du Milieu. En Afrique, par exemple, où la Chine mène une importante offensive depuis quelques années, le mot d’ordre semble être de ne pas se mêler des conflits régionaux. C’est d’ailleurs pour cette raison que les Chinois ne s’implantent pas pour l’instant au Moyen-Orient, une zone toujours sous tension même si, par ailleurs, les richesses énergétiques les attirent beaucoup.

Des textes accessibles
Cette revue de l’année des Conflits dans le monde cherche à couvrir l’actualité sur les cinq continents, non pas en se limitant à une simple chronologie des événements, mais en relatant les implications régionales profondes des conflits. L’ouvrage s’appuie donc sur l’expérience des collaborateurs qui disposent d’un solide réseau de contacts sur le terrain dans les zones géographiques où ils se rendent fréquemment. Par exemple, Gordon Mace, professeur au Département de science politique de l’Université Laval, connaît l’Amérique latine comme le fond de sa poche, tandis que Jacques Lévesque, de l’Université du Québec à Montréal, arpente depuis longtemps la Russie et le Caucase, alors que sa consœur de l’Université de Montréal, Marie-Joëlle Zahar, se concentre pour sa part sur le Moyen-Orient. Cette connaissance intime des régions couvertes permet donc aux universitaires d’établir des synthèses pertinentes dans lesquelles ils circonscrivent les enjeux cruciaux des conflits sans viser nécessairement l’objectivité. «C’est impossible de traiter de façon neutre de la Birmanie et de sa junte militaire», lance à ce propos Gérard Hervouet.
   
Constamment en avance d’une édition, le coresponsable des Conflits dans le monde réfléchit déjà au contenu de l’an prochain. Il pense, par exemple, introduire un chapitre sur les conflits non traditionnels. Aux guerres nucléaires toujours possibles entre les États s’ajoutent en effet les menaces que font peser les mouvements terroristes internationaux qui pourraient avoir recours à cette arme absolue. Sans parler des pandémies qui menacent la sécurité humaine, comme celle de choléra qui sévit au Zimbabwe, un pays en pleine déliquescence, ou encore de la piraterie, passée récemment de l’Asie à l’Afrique. Autre thème d’avenir: les répercussions de la crise économique mondiale sur les populations alors que la pauvreté gagne déjà beaucoup de terrain. Il s'agit là d'un aperçu du contenu de l'édition 2009 d’un ouvrage collectif aussi palpitant qu’un roman.

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