Arts

Chez nous

Le village de Saint-Eugène-de-Grantham se retrouve au cœur de la démarche artistique de Claudine Brouillard

Par : Pascale Guéricolas
Si le conteur Fred Pellerin a porté la parole du village de Saint-Élie-de-Caxton sur les scènes des quatre coins du Québec, pour Claudine Brouillard, Saint-Eugène-de-Grantham constitue le cœur de sa pratique artistique. L’étudiante, qui termine une maîtrise en arts visuels, affiche dès l’entrée de son exposition Chez nous une vue aérienne de cette localité d’un millier d’habitants située dans la plaine entre Drummondville et Saint-Hyacinthe. Les visiteurs découvrent ensuite un plan du village plus précis et quelques-uns des habitants ainsi que des détails de la vie au quotidien grâce aux images qu’elle a filmées depuis le haut du clocher. À l’écran défilent deux promeneurs qui se saluent de part et d’autre de la grand-route, une bande de jeunes cyclistes qui se rencontrent, des agriculteurs travaillant au champ ou le ballet d’autobus jaunes.

Profondément attachée à Saint-Eugène, où habite une grande partie de sa famille, Claudine Brouillard a pris conscience de son affection pour ce coin de pays lorsqu’elle a été confrontée à l’individualisme et à l’anonymat de la grande ville en vivant à Montréal pour ses études. La jeune femme a donc choisi de revenir vers son lieu d’origine et d’associer ses voisins et parents à sa pratique artistique. Sur une grande table dans la salle d’exposition, un écran la montre, par exemple, en train de préparer une lettre couleur saumon qu’elle dépose ensuite dans chacune des 480 boîtes aux lettres du village pour informer les résidants de ses intentions. On y voit aussi les boîtes de correspondance dans lesquelles on pouvait lui répondre ainsi que les articles mensuels qu’elle a fait publier dans les journaux locaux pour parler aux gens de son village. Ses articles donnent entre autres de l’information sur diverses pratiques artistiques, allant du réalisme au pop art en passant par la performance et l’art conceptuel. «Je ne veux pas forcément éduquer les gens, mais plutôt les amener à développer une nouvelle perception de leur espace visuel», explique l’étudiante.

L’artiste et les artisans
Claudine Brouillard  fait des rapprochements en contemplant le paysage autour d’elle. Des gens dans un champ, aperçus depuis le clocher de l’église de Saint-Eugène, lui rappellent le tableau Des glaneuses de Millet, ou encore le maïs sortant de terre lui fait remarquer un effet linéaire zébrant la parcelle. Un peu plus loin dans l’exposition, des artisans du village rencontrés dans leur atelier parlent de leur pratique à l’écran. Aux yeux de Claudine Brouillard, ces récits d’un ébéniste ou de collectionneurs d’objets établissent certains ponts avec la pratique artistique et montrent que les artistes ne sont pas si isolés dans leur monde de création. Pour mieux évoquer d’ailleurs l’importance de Saint-Eugène dans sa propre démarche d’artiste, l’étudiante a déposé par terre une longue bûche, dont la tranche rappelle la silhouette des façades des maisons rurales traditionnelles québécoises. «Tout le monde a son rôle et sa place bien définie dans le village, raconte la jeune femme, et je trouve ça très rassurant. On sait qui va faire lever le party, et la façon dont les anciennes professeures vont se comporter dans une réunion. Moi, je deviens l’artiste du village et j’ai bien l’intention d’y avoir toujours un pied-à-terre.»

L’exposition Chez nous est présentée jusqu’au 15 novembre à la Galerie des arts visuels, 295, boulevard Charest Est. Les heures d’ouverture de la salle d’exposition sont de 12 h à 17 h du mercredi au dimanche.

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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