Arts

Bain de lumière tropicale

Les images du Pays maya de Richard Baillargeon à la Galerie des arts visuels jusqu’au 26 novembre

Par : Pascale Guéricolas
Dehors, la froide grisaille de novembre recouvre passants et bâtiments d’un voile opaque. Il suffit pourtant de pénétrer dans la Galerie des arts visuels pour changer complètement d’univers. Au mur, la vingtaine d’images rapportées par Richard Baillargeon de son séjour d’un mois en 2002 dans la province mexicaine du Yucatan donne l’impression au visiteur de disposer de sens plus aiguisés. En effet, les couleurs franches, les contrastes très prononcés, les ombres détaillées des photos exposées stimulent la vision. D’autant plus que le tirage de grand format sur fini plastique accentue encore davantage la saturation des couleurs. André Barette du Centre Vu a mis un soin jaloux à réaliser des positifs de très grande qualité. De plus, l’objectif grand angle du photographe et ses négatifs six pouces sur six ne laissent aucun détail dans l’ombre. «J’avais beaucoup entendu parler de la lumière tropicale, raconte ce professeur de photographie de l’École des arts visuels, mais je ne l’avais jamais vue. En descendant de l’avion, j’ai été frappé par toutes ces couleurs qui vibraient littéralement autour de moi. J’en ai été comme ébloui, et le photographe en moi s’est mis rapidement au travail.»

Lui qui utilise généralement des pellicules en noir et blanc a opté cette fois pour des prises de vue couleur afin de ne rien perdre du festin visuel étalé devant ses yeux. Épris de paysages et de natures mortes, le photographe s’est promené dans la nature luxuriante. Il a aussi arpenté la ville de Merida où se déroulait la rencontre d’une vingtaine de photographes et d’auteurs mexicains et canadiens, raison de son séjour dans la région. Pendant un mois, les créateurs ont eu le loisir de débattre des mots et des images tout en découvrant une région marquée par son passé maya et l’héritage colonial espagnol. «Quelques semaines avant notre arrivée, l’ouragan Isadora avait dévasté une large portion du golfe du Mexique et beaucoup de débris d’arbres et autres jonchaient le sol en bordure de la mer, explique Richard Baillargeon. C’était dramatique de voir ça, mais les Mexicains ne se laissent pas arrêter. Ils reconstruisent et vivent le temps présent en jouant de la musique et en organisant des fêtes. Cela m’a frappé.»

Ce paradoxe «entre le côté grave et léger des choses», comme le précise le photographe, transparaît en filigrane dans l’exposition qui se présente comme un journal de voyage. En sont témoins ce crâne et ces ossements trouvés par hasard dans un cimetière, à l’ombre d’un mur. Il arrive fréquemment que les restes de personnes non réclamés après plusieurs générations soient entreposés ainsi dans des boîtes exposées aux intempéries. La présence d’une feuille de journal jaunie sous ce crâne anonyme apporte une touche ironique au cliché, auquel répond une série de réflexions de voyage aux côtés des figures naïves d’un jeu local, la loteria. À l’autre bout de la salle, l’ombre géométrique d’une fenêtre, derrière une table de dissection fendue, donne une allure sacrée à la scène, tandis qu’un fier palmier se joue des rayons du soleil levant à sa gauche. D’autres clichés témoignent avec minutie et précision des traces laissées par les différentes couches de peinture sur les murs ou explorent avec délices les jeux d’ombre que s’amuse à tracer la lumière rasante du matin ou de la fin d’après-midi. À recommander à tous les affamés de couleur.
Jusqu’au 26 novembre, à la Galerie des arts visuels, située au 295 boulevard Charest Est, du mercredi au vendredi de 11 h 30 à 16 h 30 et le samedi et dimanche de 13 h à 17 h.

Université Laval

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Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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