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15 décembre 2022

L'effet désensibilisant de l'exercice serait diminué chez les personnes souffrant de mal de dos chronique

Les personnes qui souffrent de lombalgie chronique ne profitent pas de la réduction de sensibilité que procure normalement l'activité physique

Par : Jean Hamann
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— Getty Image/Staras

Chez une bonne partie des personnes en santé, la pratique d'une activité physique procure non seulement un bien-être psychologique, mais elle rend temporairement l'ensemble du corps moins sensible à la douleur. Certaines personnes aux prises avec un mal de dos chronique n'ont pas cette chance. En effet, le phénomème responsable de cette réduction temporaire de la sensibilité, appelée hypoalgésie, semble absent chez une partie des gens aux prises avec une lombalgie chronique, rapportent des chercheurs québécois dans la revue Pain Practice.

C'est le constat auquel arrive cette équipe après avoir étudié l'hypoalgésie induite par l'exercice chez 28 personnes qui souffraient de maux de dos depuis 5 ans en moyenne. Les chercheurs ont mesuré le seuil de sensibilité de ces personnes avant et après les avoir soumises à une séance d'exercices de 4 minutes qui ciblaient soit des muscles du dos ou des muscles du poignet. Les mêmes tests ont été menés chez un groupe de 23 personnes exemptes de maux de dos chroniques.

«Le seuil de douleur est mesuré à l'aide d'un appareil appelé algomètre, précise le responsable de l'étude, Hugo Massé-Alarie, professeur au Département de réadaptation de l'Université Laval et chercheur au Centre interdisciplinaire en recherche en réadaptation et intégration sociale. Cet appareil exerce une pression sur le muscle ciblé et nous augmentons progressivement cette pression jusqu'à ce que le sujet dise qu'il ressent une douleur.»

Comme prévu, la séance d'exercices du poignet a induit une baisse de la sensibilité, tant au poignet qu'au dos, dans le groupe témoin. Par contre, aucune baisse de sensibilité n'a été observée dans le groupe des personnes avec maux de dos. Des résultats similaires – mais non significatifs sur le plan statistique – ont été obtenus après la séance d'exercices ciblant les muscles du dos.

Fait intéressant, pendant la séance d'exercices ciblant le poignet, les personnes ayant un mal de dos ont ressenti davantage de douleur au poignet que celles du groupe témoin. «Aucun des facteurs psychosociaux que nous avons mesurés chez les participants ne permet d'expliquer les différences observées entre les groupes. Cela suggère qu'un mécanisme physiologique qui touche la perception de la douleur dans l'ensemble du corps est en cause», souligne le professeur Massé-Alarie.

« Nos résultat peuvent nous aider à comprendre pourquoi l'activité physique ne parvient pas à réduire la douleur chez 40% à 45% des patients. »

Hugo Massé-Alarie

L'activité physique est la principale intervention recommandée aux personnes souffrant de maux de dos chroniques. «Nos résultats ne remettent pas en cause cette recommandation, insiste le chercheur. Par contre, ils peuvent nous aider à comprendre pourquoi l'activité physique ne parvient pas à réduire la douleur chez 40% à 45% des patients.»

Les auteurs de l'étude sont Philippe Patricio, Catherine Mailloux, Pierre Langevin et Hugo Massé-Alarie, de l'Université Laval, Timothy Wideman, de l'Université McGill, Martin Descarreaux, de l'Université du Québec à Trois-Rivières, et Louis-David Beaulieu, de l'Université du Québec à Chicoutimi.