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Les déroutantes migrations du labbe à longue queue

La stratégie migratoire de ce grand voyageur défie la théorie, constatent des chercheurs du Centre d'études nordiques

Par : Jean Hamann
Un labbe à longue queue en vol. Le géolocalisateur fixé à sa patte pèse moins de 1% du poids de l'oiseau.
Un labbe à longue queue en vol. Le géolocalisateur fixé à sa patte pèse moins de 1% du poids de l'oiseau.

Les oiseaux qui nichent dans l'Arctique disposent de peu de temps pour faire leur nid, pondre leurs œufs, les couver et s'assurer que leurs jeunes soient prêts à prendre leur envol avant que la nourriture se fasse rare. Ils ont donc tout intérêt à arriver tôt sur les aires de reproduction et, conséquemment, ils devraient éviter de traîner en route pendant la migration printanière. À l'automne, par contre, l'urgence de parvenir à destination devrait se faire moins pressante. Du moins, c'est ce que veut la théorie.

Le labbe à longue queue, une espèce dont les migrations comptent parmi les plus longues du règne animal, ne s'embarrasse pas de ces considérations théoriques. En effet, les migrations de cette espèce sont beaucoup moins directionnelles et nettement plus lentes au printemps qu'à l'automne, révèle une étude publiée dans la revue Marine Ecology Progress Series par des chercheurs du Département de biologie et du Centre d'études nordiques de l'Université Laval, et par leurs collaborateurs.

Cette étude, la première qui documente les routes migratoires des labbes à longue queue nichant en Amérique du Nord, repose sur des données recueillies à l'aide de géolocalisateurs fixés sur 34 spécimens qui avaient été capturés sur leurs aires de nidification à l'île Bylot et à l'île Igloolik, au Nunavut. Les analyses des données couvrant cinq années de migrations montrent que ces oiseaux ont parcouru, en moyenne, 32 375 kilomètres par année.

«Les labbes à longue queue que nous avons suivis nichent dans l'Arctique, mais ils hivernent au large des côtes du sud de l'Afrique et de l'Amérique du Sud, signale le premier auteur de l'étude, Yannick Seyer. Ce sont d'excellents planeurs qui profitent des vents dominants pour franchir de très longues distances. De l'automne au printemps, ces oiseaux vivent en mer et s'alimentent d'organismes marins. Une fois arrivés sur les aires de reproduction, ils deviennent exclusivement terrestres et leur régime alimentaire repose en grande partie sur les lemmings.»

Un couple de labbes à longue queue sur les aires de nidification de l'île Bylot.

Contrairement aux prédictions, les labbes à longue queue parcourent une distance 40% plus longue au printemps qu'à l'automne et ils mettent 32% plus de temps pour se rendre à destination. 

«Au printemps, leur stratégie de migration semble faire alterner les périodes de vol et les arrêts pour l'alimentation. Cela leur permettrait d'arriver sur les sites de nidification avec des réserves énergétiques suffisantes, advenant le cas où la neige n'aurait pas encore disparu et que la nourriture soit rare», avance Yannick Seyer. 

À l'automne, les labbes semblent vouloir minimiser le temps passé en vol, poursuit-il. «Nous croyons qu'ils veulent arriver rapidement aux aires d'hivernage pour commencer la mue de leurs plumes de vol. Cette mue est graduelle et elle doit être complétée à temps pour entreprendre la migration printanière.»


« Elle leur permettrait d'arriver sur les sites de nidification avec des réserves énergétiques suffisantes, advenant le cas où la neige n'aurait pas encore disparu et que la nourriture soit rare. »
Yannick Seyer, au sujet de la stratégie printanière de migration du labbe à longue queue

La biologie du labbe à longue queue est encore largement méconnue, souligne l'étudiant-chercheur. «Notre étude sur les migrations de cette espèce nous a permis de découvrir que les populations nord-américaines et les populations européennes de labbes à longue queue partagent les mêmes aires d'hivernage. De plus, elle a mis en lumière l'importance des Grands Bancs de Terre-Neuve comme halte migratoire pour cette espèce. Ces informations pourraient être importantes si la conservation du labbe à longue queue devenait un enjeu.»

L'étude parue dans Marine Ecology Progress Series est signée par Yannick Seyer et Gilles Gauthier, de l'Université Laval, Joël Bêty, de l'UQAR, Jean-François Therrien, du Acopian Center for Conservation Learning – Hawk Mountain Sanctuary, et Nicolas Lecomte, de l'Université de Moncton.

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