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Chasseurs d’images pour la recherche

Des milliers de chercheurs et de citoyens sur la planète ont recours à la banque de données internationale eBird, tels André Desrochers, professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique, et Anaïs Trépanier, diplômée et nouvellement passionnée de la photographie

Par : Claudine Magny

«Je suis issue d’une famille de chasseurs, très amoureux de la nature. Je crois donc avoir ça en moi, d’aimer me retrouver dans le bois et le thrill de la chasse, aussi, probablement... Sauf que moi, je n’ai jamais envie de tirer, juste de “chasser” les images des espèces (rires).»

Géographe de formation et aujourd’hui enseignante au Cégep Limoilou, la diplômée de l’Université Laval Anaïs Trépanier a toujours adoré observer les oiseaux.

«Je promenais en poussette mon fils Léo, qui est aujourd’hui âgé de 14 ans, et je passais mon temps à regarder les oiseaux avec lui. Disons qu’avec la pandémie, le souhait de me retrouver plus dehors, sur le terrain, dans la nature, a grandi et qu'une réelle passion est née: la photographie des oiseaux.»

Pygargue, grand héron, bihoreau, épervier, aigrette et pluvier... Anaïs Trépanier se dit très privilégiée d’être allée à la rencontre d'autant d'espèces depuis ses premiers pas de photographe en ornithologie, l’hiver dernier.

Grand héron

Une banque de données incroyable

Fascinée aussi par la science et la recherche, elle a recours à eBird, une gigantesque banque de données internationale sur les observations ornithologiques élaborée par le Cornell Lab of Ornithology et la National Audubon Society et dont les utilisateurs – chercheurs comme simples citoyens passionnés des oiseaux – vivent aux quatre coins de la planète.

Pic mineur

«Les photographes ornithologues, qui peuvent être tout autant des chercheurs que de simples citoyens, vont souvent contribuer à la base de données eBird, laquelle est un outil vraiment extraordinaire pour l’analyse des populations d’oiseaux, explique André Desrochers, professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique et directeur des programmes de maîtrise et doctorat en sciences forestières. Il est grandement réputé pour son expertise en ornithologie et en écologie.

«EBird offre un moyen simple d’assurer le suivi des oiseaux observés partout dans le monde, précise-t-il. Une des raisons de la popularité de cette banque est qu’elle tient, pour chaque observateur inscrit, une compilation de leurs observations, dont ils peuvent extraire à des fins personnelles des renseignements concernant les oiseaux observés dans leur cour arrière, leur voisinage ou à n’importe quel autre endroit visité. Les observateurs peuvent également accéder, à travers une interface graphique conviviale, à toute l’information antérieure intégrée à la base de données afin de découvrir ce que d’autres observateurs ont signalé sur la planète.»

La base de données internationale ne divulgue toutefois pas les mentions d’espèces «jugées sensibles» par l’organisation (le Cornell Lab of Ornithology ). La raison se veut préventive: soit de réduire le risque d’atteinte à ces espèces par les braconniers et contrebandiers. Au Québec, eBird qualifie le faucon gerfaut, la chouette épervière et la chouette lapone d'espèces «sensibles».

Mais puisque les photos déposées sur eBirds peuvent provenir tant d’un expert que d’un débutant, comment peut-on s’assurer de la qualité des données? Par exemple, la base réagit-elle à une photo d’autruche prise sur la base de plein air de Sainte-Foy? N’ayez crainte, une équipe d’une trentaine de réviseurs régionaux, établis un peu partout dans la province, est responsable de s’assurer de la qualité des données. En gros, les nouvelles photos apparaissent dans un immense tableau de bord et, au besoin, le réviseur communique avec l’observateur afin de lui demander des preuves (faute de quoi, l’observation est annulée).

André Desrochers, professeur à la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique

Les observations du Québec analysées

Passionné lui-même d’ornithologie depuis plus de 40 ans, le professeur Desrochers a donc plusieurs magnifiques photos à son actif. Grand utilisateur de la banque eBird pour ses travaux de recherche, il en enseigne même l’importance et la pertinence à ses étudiants dans le cadre du cours Gestion et conservation de la faune, dont un module porte justement sur l’analyse des données d'eBird. Il a aussi mis sur pied le site Web Tendances ornithologiques du Québec, offrant un service aux différents clubs d’ornithologie québécois.

«Il faut comprendre qu’il existe, seulement au Québec, une trentaine de clubs d’ornithologie. Chaque saison, je produis un rapport des observations faites sur le territoire de la plupart des clubs, que je présente ensuite sur mon site Web. De plus, j'écris à l’occasion sur mon blogue des textes pour présenter les résultats des analyses que j’ai faites avec les données fournies par les amateurs.»

On apprend notamment sur ce site que les Québécois ont été pionniers dans l’art de compiler des observations faites par des amateurs pour le bien de la science, et ce, bien avant l’avènement de eBird et d’Internet – avec l’Étude des populations d’oiseaux du Québec (EPOQ), une base de données administrée par QuébecOiseaux et créée par l’ornithologue visionnaire Jacques Larivée, en 1975. Ce projet a été jusqu’à inspirer la création d’une certaine base de données internationale... eBird! En 2016, EPOQ a cédé sa place à eBird, alors que sa base de données contenait pas moins de 10 025 915 mentions d’espèces d’oiseaux au Québec.

Jaseur boréal

«Ce que j’adore? C’est que chaque photographie a sa propre histoire. Certaines sont le fruit du hasard ou encore de plusieurs heures de travail et de patience, dit Anaïs Trépanier, souriante. Je pense par exemple à ce pygargue à l’œil manquant et à la patte cassée… Ou encore, à ce pygargue immature, qui m'a laissée l'approcher de très près et que j'ai pu prendre de face. Ce bihoreau gris, que j'ai photographié par hasard lors d’une pratique de soccer de mon garçon. Ou ces éperviers, que je suivais depuis longtemps; j'avais vu le couple arriver en mars dernier puis faire leur nid, celui-ci a été caché par les feuilles pendant un long moment. Quelques mois plus tard, j'étais donc très heureuse de découvrir les quatre petits! Ou encore cette jolie aigrette, que j'ai attendue tout l'été et que j'ai finalement eue par hasard. Enfin, cette petite famille de pluviers kildir, que j'ai pu approcher après plusieurs heures de patience au gros soleil!»

Anaïs Trépanier a particulièrement été touchée par ce moment inoubliable: photographier ce pygargue à l’œil manquant et à la patte cassée.
Tyran huppé

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