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Société

Un territoire chargé d’histoire

Dans son plus récent ouvrage, le professeur à la retraite Marc Vallières convie le lecteur à la redécouverte d’une pièce maîtresse du patrimoine naturel québécois

Par : Yvon Larose
Dans le parc national des Laurentides vers 1929. De gauche à droite: Louis-Arthur Richard, sous-ministre de la Colonisation, et le peintre Horatio Walker en compagnie du surintendant du parc national des Laurentides, J.-C. Garneau et le sous-secrétaire de la province de Québec, Charles-Joseph Simard, avec leurs prises.
Dans le parc national des Laurentides vers 1929. De gauche à droite: Louis-Arthur Richard, sous-ministre de la Colonisation, et le peintre Horatio Walker en compagnie du surintendant du parc national des Laurentides, J.-C. Garneau et le sous-secrétaire de la province de Québec, Charles-Joseph Simard, avec leurs prises.

Le 22 juillet, Les Publications du Québec ont procédé au lancement du livre Le parc des Laurentides sous-titré 125 ans d’un territoire. Ce plus récent ouvrage de Marc Vallières, professeur associé au Département des sciences historiques de l’Université Laval, a été réalisé avec la collaboration de la Société des établissements de plein air du Québec, l’actuel gestionnaire du parc des Laurentides. Sur 276 pages abondamment illustrées de photos d’époque, ce livre fait un survol exhaustif de plus d’un siècle de vie et d’activités sur un vaste territoire naturel situé entre les rives du fleuve Saint-Laurent et la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

«Le gouvernement du Québec a créé un premier grand parc de conservation en 1895, le parc national des Laurentides, explique Marc Vallières. Mais dès cette époque, la conservation de la forêt passait un peu derrière l’exploitation du bois par les compagnies forestières. Celles-ci faisaient la coupe du bois à pâte pour la fabrication du papier journal. Ce bois était amené par flottage sur les principales rivières jusqu’aux usines de transformation du Lac-Saint-Jean, de la Mauricie et de la région de Québec.»

Le 1er février 1896, la Gazette officielle du Québec publie les règlements relatifs au parc national des Laurentides. Il est notamment mentionné l’obligation, pour les autorités, de tenir un registre contenant les noms et adresses de toutes les personnes visitant le parc. Il est également stipulé que tous les feux de camp soient «gardés soigneusement et éteints avant de laisser l’endroit».

Jusqu’au milieu des année 1920, les gardiens qui assurent la surveillance du parc sont rémunérés sur la base de un à deux dollars par jour. Un canot, une tente et un poêle leur sont fournis. Ils doivent fournir avec leur facture mensuelle un journal détaillé de leurs activités quotidiennes, notamment l’heure et leur lieu de départ le matin, la distance approximative parcourue pendant la journée et le travail fait.

Les forêts giboyeuses et les lacs poissonneux du parc attiraient depuis longtemps des familles autochtones et des habitants des environs. Mais l’ouverture du parc a remis en question les pratiques de chasse et de pêche sur le territoire. L’accès est devenu payant. Il y avait un contrôle du nombre et de la taille des prises. Du jour au lendemain, les activités pour les besoins alimentaires et pour la vente de fourrures sont devenues du braconnage.

Les clubs privés

Au début du 20e siècle, les clubs privés de chasse et de pêche se multiplient au Québec. Dans le parc national des Laurentides, en 1925, deux d’entre eux se démarquent: le Triton et le Tourilli. Les membres du premier sont quasi uniquement américains. Ceux du second sont très majoritairement américains et canadiens hors Québec.

Dans son livre, Marc Vallières souligne que l’accès des clubs privés aux ressources fauniques passe par les lacs disponibles. Celui-ci écrit qu’en 1925, les membres du Triton ont accès à 65 lacs et ceux du Tourilli à 50. De plus, les premiers ont accès à 145 kilomètres de chemins aménagés, les seconds à 174 kilomètres. Ces clubs fournissent également une soixantaine d’embarcations chacun à leurs membres, ainsi qu’une vingtaine et une trentaine de camps respectivement.

«En 1925, indique le professeur, le club du Triton a payé 1000$ et 750$ comme loyers pour ses activités de chasse et de pêche. Ses 133 membres non résidents et ses 71 invités ont récolté 15 orignaux et pêché 181 truites.»

Selon lui, le gouvernement agit à cette époque comme une «agence» qui loue le territoire.

L’aménagement d’une route carrossable en terre battue dans les années 1930 à travers le parc national des Laurentides crée un lien de communication efficace entre Québec et le Lac-Saint-Jean. Terminée en 1931, la route fait 224 kilomètres entre Québec et Hébertville. Le trajet en automobile dure six heures et demie par beau temps, à une vitesse moyenne de 32 kilomètres l’heure. Le parcours comporte de nombreuses courbes et de fortes côtes. Plus de 1200 hommes ont travaillé à sa construction.

Le parc en temps de guerre

En 1943, la Seconde Guerre mondiale s’invite au parc des Laurentides. Une centaine de prisonniers allemands travaillent pendant quelques mois au lac des Neiges et au lac Fradette pour le compte de la compagnie forestière Anglo-Canadian Pulp and Paper. Ils résident dans des baraques spécialement aménagées pour eux et pouvant recevoir une demi-douzaine de personnes. L’expérience, loin d’être concluante, prend fin au printemps 1944 et les prisonniers retournent à leur camp d’internement. L’éloignement de la civilisation, l’absence d’interprète pour les blessés ou les malades transférés dans un hôpital militaire de Québec, les remarques désobligeantes et le harcèlement, toujours à l’hôpital, les difficultés à toucher leur salaire, l’accès difficile aux cigarettes, de nombreux facteurs expliquent pourquoi les rapports se sont envenimés entre les prisonniers de guerre et la direction des camps de l’Anglo Pulp.

Le 20 août 1943, le président américain Roosevelt et le premier ministre britannique Winston Churchill, en marge de la Conférence de Québec, se rendent dans le parc des Laurentides, plus précisément au lac à l’Épaule, pour y pêcher. A l’été 1962, au même endroit, la nationalisation de l’électricité est choisie comme l’enjeu des prochaines élections générales par le conseil des ministres de Jean Lesage. Par la suite, l’expression générique «lac-à-l’épaule» entrera dans l’imaginaire collectif.

«Cette réunion fut très importante, car elle a orienté la politique québécoise dans une direction nouvelle où l’Etat prend en charge les ressources naturelles, soutient Marc Vallières. Ce fut une étape très importante de la Révolution tranquille.»

Le 15 juillet 1952, le ministère de la Défense nationale du Canada inaugure une station radar à 170 kilomètres au nord de Québec. La décision s’inscrit dans un contexte de guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique. En 1958, la station radar est intégrée au Commandement de la défense aérienne de l’Amérique du Nord. Elle cessera ses activités en 1990.

Une circulation automobile croissante

Au début des années 1930, environ 10 000 véhicules traversaient chaque année le parc national des Laurentides. Le volume de la circulation automobile a atteint environ 600 000 voitures en 1962. Le nombre de pêcheurs qui font un séjour dans les camps dépasse les 2000 en 1935. Bon an mal an, entre le tiers et 40% des visiteurs proviennent des États-Unis et du Canada hors Québec.

Depuis le début des années 1950, les professeurs de la Faculté d’arpentage et de génie forestier de l’Université Laval étaient à la recherche d’une forêt d’expérimentation qui leur permettrait d’approfondir des sujets d’étude, à long terme, dans un environnement forestier protégé contre les coupes inattendues et qui serait représentatif du domaine forestier majoritaire du Québec, la forêt boréale. Le professeur Edgar Porter, ancien cadre de l’Anglo-Canadian Pulp and Paper, suggère de retenir une sapinière bien régénérée, où la compagnie avait fait de la coupe entre 1930 et 1944 et qu’elle pourrait céder moyennant compensation équivalente. Les négociations pour choisir un territoire d’expérimentation et de recherche pour les quelque 250 étudiants de cette faculté aboutissent à l’adoption d’un projet de loi en 1963.

«La Forêt Montmorency est une réussite», affirme le professeur.

C’est l’arrivée de la motoneige, du ski de fond et de la raquette au Camp Mercier, à la fin des années 1960, qui inaugure une première diversification de l’offre de services au parc.

Même si la pêche continue de retenir une clientèle importante, le volet récréotouristique se développe progressivement. Ainsi, les sentiers de randonnée pédestre et les excursions en canot voient le jour. Le camping, qui existe dans le parc depuis son ouverture devient, dans les années 1960, une activité en elle-même. La chasse ne se limite plus aux grands cervidés, mais s’étend aux ours et au petit gibier.

En 1981, la consultation sur l’avenir du parc des Laurentides débouche sur la création de trois entités: deux parcs de conservation, de la Jacques-Cartier et des Grands-Jardins, et la réserve faunique des Laurentides. À elle seule, la réserve faunique constitue un immense territoire de 7861 kilomètres carrés avec plus de 2000 lacs et 9 rivières.

En guise de conclusion à son livre, le professeur Vallières souligne que le parc des Laurentides est entré dans la modernité et que son avenir peut s’appuyer sur un éventail croissant d’activités destinées à des clientèles en évolution.

Barrière à Stoneham sud dans le parc des Laurentides en 1938.
L’Étape vers 1960. En 1950, la circulation automobile dans le parc des Laurentides atteint environ 120 000 voitures par an. À l’automne 1949, le gouvernement entreprend la construction d’un hôtel moderne sur les rives du lac Jacques-Cartier. Ce vaste édifice de style canadien s’étend sur 33,5 mètres de long et sur 13,4 mètres de large. En 1956, des travaux d’agrandissement ont lieu.

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