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Dix livres à découvrir cet été

À l'approche des vacances estivales, voici des suggestions de livres signés par des auteurs issus de la communauté universitaire

Par : Matthieu Dessureault

Professeurs, étudiants et diplômés de l'Université Laval sont nombreux à avoir sorti un roman, un essai, un recueil de poésie, un album jeunesse ou une bande dessinée dans les derniers mois. Voici 10 ouvrages qui valent la découverte.

La révolution d'Agnès (La Mèche), par Jean-Michel Fortier

Percé, 1969. Un imposant cuirassé fait irruption entre le rocher et l'île Bonaventure, troublant la quiétude habituelle des lieux. Parmi la population, les questions abondent. Qui sont ces femmes mystérieuses vêtues en orange qui apparaissent sur le pont du bateau? Que veulent-elles? Y a-t-il un lien entre leur arrivée et la disparition de Steven Norton, le nouvel amoureux de Madame Sergerie? Et pourquoi Agnès est-elle attirée par ce navire?

Ce roman de Jean-Michel Fortier met en scène une galerie de personnages aussi attachants que colorés. Le récit, qui recèle de rebondissements et de scènes fantaisistes, nous plonge dans une époque charnière, celle de Mai 68 et des luttes féministes qui ont façonné le Québec.

La révolution d'Agnès est le troisième roman de Jean-Michel Fortier, diplômé d'une maîtrise en études littéraires. On lui doit aussi Le chasseur inconnu et Les bains électriques.


« Dans l'objectif du télescope leur sont apparues des femmes secrètes, des femmes nautiques, des femmes à balai, des femmes voyageuses, peut-être des femmes russes ou gaspésiennes – gaspésiennes et russes à la fois. Des femmes qui s'appartiennent, chacune à elle-même mais ensemble dans ce grand pan de tissu voyant. Des femmes comme des tremblements de terre. »
Extrait du livre

Les marées se briseront sous tes pieds, (Leméac), par Emmy Lapointe

Dans ce premier roman, Emmy Lapointe, étudiante à la maîtrise en études littéraires, nous plonge dans la tête d'une jeune femme qui sort de l'adolescence. Sans filtre et avec un humour caustique, cette narratrice raconte des tranches de vie et livre ses pensées sur l'amour, l'amitié, l'ambition. Comme bien des jeunes de son âge, elle est envahie par des questionnements et des doutes.

L'écriture d'Emmy Lapointe est simple, proche de la langue parlée, ce qui confère de l'authenticité et du rythme au récit. Elle décrit des situations en apparence banales, mais toujours représentatives de cette étape charnière de la transition vers la vie adulte. Certains passages sont touchants, entre autres celui où le personnage rend visite à sa grand-mère sur le point de mourir.


« C'est comme une première neige, toujours envie de la voir, même en juillet. De l'amitié plus longue que les albums d'Harmonium bout à bout, plus douce que les dimanches de septembre, plus solide que des murs de quartz. »
Extrait

L'irrationalité nécessaire (XYZ), par Jean Désy

Médecin et enseignant à la Faculté de médecine, Jean Désy n'est pas du genre à remettre en question les sciences et la logique rationnelle. Il n'empêche que, pour lui, le monde devrait faire davantage de place à l'instinct et à l'intuition. C'est le message, grosso modo, qu'il livre dans L'irrationalité nécessaire – De Platon à Einstein: les poètes.

Cet essai se veut un plaidoyer pour l'irrationalité. L'auteur y livre les fruits d'une réflexion entamée dans sa jeunesse alors qu'il faisait un mémoire de maîtrise en philosophie sous la direction du professeur Thomas De Koninck. Aux scientifiques et philosophes qui prônent la logique avant tout, il oppose les artistes et penseurs qui clament leur appartenance à l'irrationalité. Il cite, entre autres, Jung, Dali, Saint-Exupéry et Lao Tseu.

Dans cet essai abondamment documenté, Jean Désy rêve d'un monde plus humain, plus poétique et plus inspirant. Un propos on ne peut plus actuel en ces temps de pandémie, de changements climatiques et autres problèmes du 21e siècle qui ne peuvent se résoudre uniquement par l'approche cartésienne.


« Toute personne qui amorce des études avancées dans le monde des sciences pures ou appliquées devrait être mise en contact étroit avec le monde des arts et de la littérature. Plus ces études sont scientifiques et plus la plongée dans l'univers poétique devrait être profonde et soutenue, la poésie permettant une saisie de la réalité fondamentalement différente de celle de la science. »
Extrait

Leonard Cohen: Sur un fil (Casterman), par Philippe Girard

Le défi était de taille, voire risqué, mais Philippe Girard a su le relever avec brio: raconter la vie du poète et musicien Leonard Cohen en bande dessinée. Leonard Cohen: Sur un fil, titre clin d'œil à sa chanson Bird on the Wire, porte sur son parcours tumultueux.

En première page, on retrouve Cohen cloué au plancher de sa chambre, à Los Angeles, peu avant sa mort. Seul avec ses pensées, il revient sur des moments clés de sa vie: sa jeunesse dans une famille juive de Westmount, ses premiers écrits, son amitié avec Armand Vaillancourt, sa prestation devant une foule indisciplinée au festival de l'île de Wight, sa collaboration avec le coloré et imprévisible Phil Spector, sa retraite dans un monastère bouddhiste, son intronisation au Rock and Roll Hall of Fame… Un large pan de l'histoire est consacré à ses rencontres avec les femmes, dont plusieurs lui ont inspiré des chefs-d'œuvre.

Diplômé en communication graphique, Philippe Girard a visiblement fait plusieurs recherches pour s'imprégner de l'univers de Cohen. À la fin du livre, il propose une liste de chansons, chacune avec une brève mise en contexte, pour permettre au lecteur de mieux comprendre qui était cette légende de la musique.

Pour avoir un aperçu du livre, on peut visionner un montage vidéo réalisé avec la musique de Todd Picard, étudiant à la maîtrise en musique et en arts visuels et collaborateur fidèle de Philippe Girard.

Un café avec Marie (Boréal), par Serge Bouchard

Le décès de Serge Bouchard a causé une onde de tristesse à travers le Québec. Diplômé du Département d'anthropologie et récipiendaire de la Médaille Georges-Henri-Lévesque de la Faculté des sciences sociales, l'anthropologue, écrivain et animateur de radio laisse un vide dans le cœur de bien des gens.

Heureusement, on peut se rabattre sur ses livres pour continuer à apprécier ses talents de conteur. Un café avec Marie, paru peu avant sa mort, réunit quelque 70 chroniques qu'il avait écrites pour l'émission C'est fou…, sur les ondes d'Ici Première. Le titre fait référence à sa conjointe, décédée quelques mois avant lui.

D'une chronique à l'autre, Serge Bouchard livre ses pensées sur mille et un sujets. Il revisite certains pans de l'histoire, raconte son enfance et revient sur l'époque de ses études et de ses débuts d'anthropologue. De l'explorateur Pierre-Esprit Radisson au joueur de hockey Claude Provost, en passant par le prêtre Lionel Groulx et le philosophe Michel de Montaigne, il jette un regard parfois critique sur les réalisations plus ou moins connues de diverses personnalités. Le tout l'amène à réfléchir sur des thèmes comme la mémoire collective, l'amour, la peur, le doute, la méchanceté, l'alimentation, l'adoption, la toponymie, les travailleurs de la santé. Le fil conducteur? Sa grande poésie, son empathie et sa finesse d'esprit, qui s'immiscent dans chaque page.


« Dans ma vie d'anthropologue, j'ai passé beaucoup de temps sous l'eau, c'est-à-dire sur le terrain. […] Chaque fois, j'ai eu cette impression étrange: la tentation de ne plus revenir, de ne plus remonter à la surface, de m'identifier une fois pour toutes à ces univers qui m'auront tant fasciné. »
Extrait

Au nord de ma mémoire (Annika Parance Éditeur), par Mattia Scarpulla

Mattia Scarpulla, doctorant en études littéraires, propose une suite de poèmes courts sur la réalité de migrants qui ont dû quitter leur pays. Certains, marqués à jamais par l'exil, ont formé une troupe de musiciens hétéroclite. D'autres errent dans le métro ou déambulent dans les centres commerciaux. D'une situation à l'autre, on ressent les cicatrices du passé, le sentiment d'être étranger, l'incompréhension, l'injustice.

Dans ce recueil de poésie, son premier en français, l'auteur d'origine italienne, qui a habité en France avant d'immigrer au Québec, se questionne sur la fabrication de l'identité, un thème récurrent dans son œuvre (on peut penser au roman Errance et au recueil de nouvelles Préparation au combat, entre autres). Il se met d'ailleurs lui-même en scène dans certains poèmes autofictionnels.

Le recueil rend hommage à tous ceux qui sont menacés pour ce qu'ils sont. Son écriture a été inspirée en partie par les activités du Centre québécois du P.E.N. international, un organisme qui aide les écrivains et journalistes victimes de répression.


« À l'improviste on se retrouve à l'aéroport / nos corps transformés en passeports / on se précipite face au miroir on ne voit que / l'étranger de nous-mêmes »
Extrait

Pas même le bruit d'un fleuve (Alto), par Hélène Dorion

Hannah a toujours senti que sa mère lui était étrangère. Après sa mort, elle découvre dans une boîte qui lui appartenait des cahiers de notes, des photographies, une boussole maritime et des coupures de journaux qui relatent le naufrage de l'Empress of Ireland en 1914. Intriguée par tous ces artéfacts, Hannah entreprend un voyage à Kamouraska, le village d'enfance de sa mère, pour reconstituer ces fragments d'histoire.

Hélène Dorion livre un récit empreint de douceur et de poésie sur la quête identitaire d'une écrivaine. Le roman, qui navigue entre passé et présent, aborde de grandes questions philosophiques sur l'amour, la souffrance, la filiation, le temps qui passe, l'amitié et le pouvoir de reconstruction de l'art. Personnage central, le fleuve est décrit dans toute sa beauté et sa puissance.

Récompensée du prestigieux prix Athanase-David en 2019 pour sa contribution à la littérature québécoise, Hélène Dorion est l'une des premières diplômées du programme de maîtrise en création littéraire de l'Université Laval. En près de 40 ans, elle a bâti une œuvre imposante composée de recueils de poésie, de romans, d'essais et d'albums jeunesse.


« Après avoir lu la moitié de l'un des cahiers, je sais que ma mère a aimé, intensément, et qu'elle a souffert, aussi intensément. Entre les deux, c'est le vide. »
Extrait

Marcher sur une ligne de trottoir, ça jamais! (éditions FouLire), par Émilie Rivard

La littérature jeunesse au Québec est foisonnante, notamment grâce au travail d'Émilie Rivard. Depuis 2005, cette diplômée du programme de création littéraire a publié plus de 70 romans et albums pour les 17 mois à 17 ans, en plus de textes pour le théâtre, la télévision et des magazines. Son plus récent livre, Marcher sur une ligne de trottoir, ça jamais!, plaira assurément aux jeunes lecteurs (et aux adultes ayant gardé leur cœur d'enfant).

Valériane vient d'emménager dans un nouveau quartier. Elle n'a peur de rien, sauf, vous l'aurez compris, de marcher sur une ligne de trottoir. Elle joint alors le «club des superstitieux» de son école. Ce club est formé de jeunes qui ont chacun leurs superstitions: Alex mange seulement les sandwichs s'ils sont coupés en triangle, Maëva cogne deux fois aux portes avant de les ouvrir, Piment règle chaque matin l'alarme de son réveil à 5h55. Ensemble, ils décident de se débarrasser de ces superstitions qui leur pourrissent la vie.

Marcher sur une ligne de trottoir, ça jamais! est un livre sur l'imagination débordante des enfants, la force de l'amitié et le courage de surmonter ses peurs. Les illustrations de Mika, ludiques, complètent à merveille le texte d'Émilie Rivard.


« Quand j'observe le trottoir, j'ai encore l'impression que toutes les lignes me menacent. Chacune est comme une longue et fine bouche qui chuchote: “Marche sur moi, juste pour voir ce qui arrivera! GNARK! GNARK! GNARK!” »
Extrait

Terre-Nano: L'île des larmes grises (Québec Amérique), par Diane Bergeron

Nous sommes en 2067. Des nanorobots guérisseurs, implantés dans le corps de gens malades, sont responsables d'une crise sanitaire. Pour éviter la contagion, les personnes infectées sont forcées de s'exiler sur des îles transformées en lieu de quarantaine. Bienvenue dans l'univers de Terre-Nano: L'île des larmes grises, un roman de science-fiction écrit par Diane Bergeron.

La chargée de cours, qui enseigne l'écriture pour enfants et adolescents, était loin de se douter qu'une pandémie – réelle celle-là – frapperait la planète au moment de sortir son livre. Terre-Nano a été écrit bien avant l'apparition de la COVID-19. Il n'empêche que plusieurs aspects de l'histoire rappellent le contexte actuel.

Biologiste moléculaire de formation, Diane Bergeron espère intéresser les jeunes aux enjeux qui touchent la science et l'actualité. Dans ses romans, elle aborde des sujets parfois épineux comme les dérives technologiques, les changements climatiques, le racisme et le dopage des athlètes. On lui doit notamment les séries à succès Biocrimes et Atlas.


« Elle est libre maintenant, aussi libre que peut l'être une condamnée en cavale. Mathianne embraye en première vitesse et s'éloigne du centre-ville déserté. »
Extrait

Vie nouvelle (Le Quartanier), par Michaël Trahan

«J'ai beaucoup aimé le noir, et les fleurs sans raison. J'ai cherché sous la voix le silence des morts. J'ai longé les murs de la maison vide. Chaque jour, l'action me devenait plus étrangère. J'étais une statue de sel, une impasse de clarté. Je ne pensais qu'à la nuit, ses couleurs nombreuses et les miracles dans la poussière. Je suis venu dire adieu à la douleur.»

Dès les premières lignes de Vie nouvelle, un recueil de poèmes qui bifurque parfois vers l'essai, le ton est donné. Michaël Trahan, professeur de littérature, marie images fortes et profondeur du propos. Cette œuvre, «livre d'éducation sentimentale, écrit comme on choisit une vie», relève d'un désir d'en finir avec son obsession du noir et de la douleur.

Michaël Trahan est l'auteur de deux autres recueils parus chez Le Quartanier, La raison des fleurs, qui lui a valu le Prix littéraire du Gouverneur général, et Nœud coulant, le prix Émile-Nelligan, le Prix du Festival de la poésie de Montréal et le prix Alain-Grandbois de l'Académie des lettres du Québec. Il a aussi écrit un essai sur la réception de l'œuvre de Sade, La postérité du scandale.

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