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Faire revivre Saint-Jean-Vianney

La cinéaste Anne-Sophie Gravel prépare un court métrage d'animation sur le glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney, un drame qui a frappé sa famille

Par : Matthieu Dessureault
Image tirée du film
Image tirée du film

Il y a 50 ans, jour pour jour, le village de Saint-Jean-Vianney disparaissait dans un glissement de terrain mortel qui allait marquer l'histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Pas moins de 37 maisons étaient emportées par les boues. Des 31 personnes disparues, seuls 14 corps furent retrouvés.

Anne-Sophie Gravel, doctorante en littérature et arts de la scène et de l'écran, n'était pas née au moment de la tragédie, mais elle l'a vécue par ricochet. «Saint-Jean-Vianney a toujours été imbriqué dans l'histoire de ma famille paternelle. Mon père avait sept ans à l'époque du drame. Mes grands-parents y ont tenu un restaurant et étaient impliqués activement dans la vie sociale du village. Mon grand-père a aussi été maire pendant plusieurs années. Ma grand-mère, aujourd'hui décédée, a été très affectée par le glissement de terrain. On en parle encore régulièrement dans la famille.»

De Saint-Jean-Vianney, il reste peu de traces, les maisons restantes ayant été déménagées. L'ancien perron de l'église, lui, est encore bien visible dans le paysage fantomatique du village. «La maison de mon père se trouvait en diagonale de l'église. Quand on y retourne, on voit un peu les rues, même si la végétation a poussé. Le reste, c'est dans les photos et les souvenirs», dit Anne-Sophie Gravel.

C'est pour faire revivre le village et donner une voix à ceux qui ont vécu cette nuit d'horreur que l'étudiante travaille depuis janvier sur la création d'un court-métrage d'animation. D'une durée d'environ cinq minutes, ce film mêlera autofiction et documentaire. Les dessins, minimalistes, sont inspirés de l'univers des contes pour enfants.

Pour les besoins du récit, la réalisatrice a replongé dans les archives et a récolté des témoignages qui montrent à quel point l'expérience fut traumatisante pour les habitants de Saint-Jean-Vianney. «Dans les années 1970, rappelle-t-elle, l'aide psychologique n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui. La plupart des gens n'ont pas eu de suivi psychologique après la catastrophe. Ils sont partis du village et ont continué leur vie. Dans les témoignages, un sentiment revient souvent, celui de l'incapacité d'en parler. Mon but n'est pas d'accentuer le traumatisme, mais de leur donner une voix et de faire revivre le village le temps d'un film.»

Avec cette œuvre, l'étudiante réalise en quelque sorte le rêve de sa grand-mère, qui souhaitait voir le village reconstruit. Pour la trame sonore, elle a fait appel à son père, le musicien Martin Gravel. «Pour lui, c'est une façon d'exprimer ce qu'il a ressenti avec une autre forme d'art. Cette nuit-là, mon père a appris que le sol peut partir à tout moment sous ses pieds. Dans l'imaginaire d'un enfant, il devient difficile d'avoir confiance par la suite quand même ta maison ne peut plus te protéger quand tu dors.»

Lendemain du glissement de terrain à Saint-Jean-Vianney

L'originalité du regard que pose Anne-Sophie Gravel sur la tragédie de Saint-Jean-Vianney a incité John Harbour à devenir producteur du film. «Selon moi, ce court-métrage a un énorme potentiel d'être vu et d'être apprécié. Il apporte quelque chose de différent sur cette tragédie, ce qui est très emballant. En plus, c'est un sujet qui touche le Québec, ce glissement de terrain étant l'une des plus grosses catastrophes naturelles que nous avons connues», souligne l'étudiant à la maîtrise en littérature et arts de la scène et de l'écran.

À l'instar de sa collègue, ce projet revêt une signification personnelle pour John Harbour, son père ayant vécu – lui aussi – la tragédie de Saint-Jean-Vianney, mais d'un autre point de vue. «À l'époque, mon père était caméraman pour Radio-Canada. Il a filmé notamment un plan d'une maison qui tombe dans un fossé. Mon père n'a pas une très bonne mémoire, mais ça, il s'en rappelle et m'en a parlé toute ma jeunesse. Anne-Sophie et moi, on était uni par ce sujet de film.»

Le duo compte profiter du 50e anniversaire du drame pour sortir le film d'ici la fin de l'année. Outre ce projet, les étudiants ont travaillé ensemble sur Mal de chien et Les terribles enfants, présentés dans de nombreux festivals au Québec et ailleurs.

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