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Révolution dans les champs

Dans son récent ouvrage, le professeur Alain Olivier prône la transition vers une agriculture écologique

Par : Yvon Larose
L’agroécologie peut se décrire comme la rencontre entre l’agriculture, l’écologie et la sociologie. Cette approche s’intéresse au système alimentaire dans son entier, non seulement à l’agriculture, mais aussi à la production, la transformation, la distribution, l’entreposage et la consommation de la nourriture.
L’agroécologie peut se décrire comme la rencontre entre l’agriculture, l’écologie et la sociologie. Cette approche s’intéresse au système alimentaire dans son entier, non seulement à l’agriculture, mais aussi à la production, la transformation, la distribution, l’entreposage et la consommation de la nourriture.

La révolution verte a atteint ses limites et le système alimentaire mondial est dysfonctionnel. Le temps est venu pour le secteur de l’agriculture d’effectuer un virage à 180 degrés en adoptant les principes de l’écologie.

Tel est le message choc contenu dans le récent ouvrage du professeur Alain Olivier, du Département de phytologie de l’Université Laval. Intitulé La révolution agroécologique, sous-titré Nourrir tous les humains sans détruire la planète, ce livre de près de 300 pages est paru aux Éditions Écosociété.

«Le mot “révolution” est un terme fort mais approprié, explique le professeur et directeur du Groupe interdisciplinaire de recherche en agroforesterie. Il a été utilisé en agriculture par beaucoup d’auteurs dans le passé, qui ont parlé de plusieurs révolutions. La dernière en date est la révolution verte.»

Lancée il y a quelques décennies, la révolution verte avait pour objectif de nourrir toute la planète en s’appuyant sur les engrais chimiques, les pesticides et une machinerie assez imposante. «Or, poursuit-il, cette révolution ne s’est pas faite sans impacts négatifs. Les sols agricoles sont épuisés, la nappe phréatique est polluée, la biodiversité s’érode et la santé humaine est menacée par les pesticides et par les carences alimentaires. Les territoires ruraux vivotent. Les agriculteurs sont endettés et ont de la difficulté à se maintenir. Pour plusieurs, il faut donner un coup de barre pour changer les façons de faire.»

L’agroécologie peut se décrire comme la rencontre entre l’agriculture, l’écologie et la sociologie. Cette approche s’intéresse au système alimentaire dans son entier, non seulement à l’agriculture, mais aussi à la production, la transformation, la distribution, l’entreposage et la consommation de la nourriture. En comparaison, les agriculteurs bio, bien que la majorité s’inscrive très bien dans une perspective agroécologique, ne se préoccupent pas des enjeux sociaux et politiques, comme l’accès à la terre ou l’aménagement du territoire, qui entourent l’agriculture. L’agroécologie, si.

L’agriculture du 21e siècle

Le professeur croit que l’agroécologie offre plusieurs portes d’entrée dans le 21e siècle. La restauration de la biodiversité dans les champs de culture en est une. Selon lui, les bactéries, les champignons et les insectes sont primordiaux pour l’équilibre de l’écosystème, car ils sont tous interreliés. D’autres pratiques plus écologiques sont la gestion durable des sols s’inspirant plus fortement de l’équilibre naturel, le recyclage de la biomasse végétale et animale, et la protection de l’eau et des écosystèmes. Ajoutons la rotation des cultures, les associations de cultures et l’agroforesterie, et l’élevage raisonné. Enfin, un meilleur accès à la terre, à l’eau et aux semences doit aussi être privilégié, car l’agroécologie valorise le terroir, le savoir paysan et le rôle des femmes.

Le concept d’agroécologie fait son chemin en Europe et en Amérique latine, même en Afrique. Au Québec, c’est tout nouveau. «Sur le terrain, on voit un intérêt grandissant pour les produits locaux, un des volets de l’agroécologie, indique le professeur. Je vois aussi des étudiants qui s’intéressent à ce type d’agriculture. D’ailleurs l’an dernier, pour la première fois depuis des décennies au Québec, le nombre de fermes a augmenté. La plupart de ces agriculteurs sont des jeunes qui se lancent. Ils veulent faire les choses autrement. Leurs projets sont emballants. Ce sont de belles initiatives sur le plan agricole.»

Dernièrement, le conseil de la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval a approuvé la création d’un microprogramme de deuxième cycle en agroécologie. «Ce programme, dit-il, sera offert à compter de la session d’automne prochain. Il s’inscrit dans le projet de création d’un programme de maîtrise en agroécologie. On constate l’intérêt des étudiants et des employeurs pour ce domaine. Ça bouge.» Mentionnons également le programme de baccalauréat en agronomie, dont la révision est en cours. «On réfléchit actuellement à la place de l’agroécologie dans ce programme, précise-t-il, mais aucune décision n’est encore prise.»

L’agroécologie est dans l’air du temps. De plus en plus de gens en parlent et de plus en plus de gens commencent à en faire. Même les institutions internationales, au premier chef l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), s’y intéressent. La FAO a organisé des symposiums sur ce thème et recrute du personnel spécialisé dans le domaine.

«Le secteur de l’agriculture doit affronter rapidement des enjeux majeurs, affirme Alain Olivier. Si la dégradation des sols s’accentue, l’alimentation des générations futures sera compromise. L’industrie agroalimentaire est très préoccupée par cette problématique, laquelle diminue le potentiel de rendement. Le dérèglement du climat complexifie le problème. Beaucoup d’entrepreneurs agricoles se posent des questions face à l’apparition de nouvelles maladies et de nouveaux insectes ravageurs ou face à des sécheresses qu’ils n’ont jamais eues auparavant.»

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